Première transatlantique d’un avion « vert » : une opération de greenwashing pour les ONG

Le premier avion alimenté intégralement en carburants « verts » relie les aéroports de Londres et New York, mardi 28 novembre 2023. A deux jours du début de la COP28 à Dubaï, les ONG écologistes dénoncent une opération de greenwashing.

Des ONG écologistes dénoncent une opération de greenwashing, alors que le premier avion propulsé grâce à du « carburant durable » traverse l’Atlantique.

Le premier vol transatlantique propulsé intégralement aux carburants dits durables. Mardi 11 novembre 2023 dans la matinée, un avion de la compagnie aérienne britannique Virgin Atlantic s’est envolé de l’aéroport londonien d’Heathrow, à destination de celui de JFK à New York. L’arrivée est prévue à 19h30 GMT, soit 20h30 dans l’hexagone. Le carburant durable d’aviation (CDA) est produit à partir de kérosène classique, auquel on ajoute des huiles usagées et des résidus de bois ou d’algues (jusqu’à 50% maximum). Il est considéré comme un levier de décarbonation du secteur mais sa production reste balbutiante et très chère. Ce carburant permet de réduire les émissions engendrées par l’extraction d’hydrocarbures. Mais les moteurs utilisés sont toujours à combustion. Ce qui n’empêche donc pas l’émission massive de CO2 au moment de son utilisation.

Les carburants durables : une « impasse technologique »

Autant de raisons qui font bondir les ONG. L’association écologiste Stay Grounded (restez au sol) a qualifié l’opération de « verdissement de façade », dans un communiqué publié la veille du vol. « Pendant que l’attention du monde se porte sur un seul vol, il y en a 100 000 chaque jour utilisant des carburants fossiles », complète l’association, considérant que ces substituts ne sont qu’une « goutte d’eau dans l’océan des hydrocarbures ». Finlay Asher, ingénieur aérospatial qui a travaillé pour Rolls Royce, le fabricant des moteurs de l’avion, partage cet avis. Il considère les CDA comme une « impasse technologique », ne pouvant pas être développés à une échelle suffisante pour faire une différence.

Le Dr Doug Parr, scientifique de chez Greenpeace UK, abonde en ce sens. « Les déchets utilisés comme matière première pour le bio-kérosène de ce vol ne sont pas disponibles en quantité suffisamment importantes pour avoir un impact significatif sur les émissions de l’aviation », explique-t-il à l’AFP. « La seule manière efficace de traiter les émissions de l’aviation à court terme est de s’attaquer à la demande, et toute suggestion contraire relève simplement de l’utopie », conclut-il.

Nils Leprêtre avec AFP

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