À quoi faut-il s’attendre dans le programme du RN aux élections européennes 2024 ?

Jordan Bardella, tête de liste du Rassemblement national aux élections européennes présente, jeudi 25 avril à 16 h 30, le programme pour le 9 juin. Un rendez-vous stratégique qui se déroule quelques heures après l’intervention du président Emmanuel Macron à la Sorbonne. Le président du RN prendra la parole sur les sujets cruciaux pour la France au sein de l’Europe, alors que le parti est en proie à des tempêtes internes.

Jordan Bardella présente le programme du Rassemblement National aux élections européennes jeudi 25 avril. © Frederick Florin / AFP

« C’est un lancement de campagne et notre adversaire dans cette campagne, c’est lui », a expliqué Jordan Bardella au micro de France 2. La tête de liste du Rassemblement national a dénoncé, jeudi 25 avril au matin, l’invitation “provocatrice” d’Emmanuel Macron, à son discours sur l’Europe à la Sorbonne. Le candidat aux élections européennes présente son programme le même jour à 16 h 30. Le parti d’extrême droite caracole en tête des sondages, avec dix points d’avance sur le parti de la majorité présidentielle, suivi de près par la liste de Raphaël Glucksmann, tête de liste PS-Place Publique, d’après un sondage Eurotrack publié par les Échos. Le Rassemblement national fait face aux fortes attentes de son électorat pour le 9 juin, autour des sujets économiques et sur l’immigration.

Le Rassemblement national récolte 29 % des intentions de vote selon un sondage de Eurotrack OpinionWay - Vae Solis pour Les Échos.
Le Rassemblement national récolte 29 % des intentions de vote. Sondage Eurotrack OpinionWay – Vae Solis, réalisé les 18 et 19 avril, pour Les Échos

À quoi doit-on s’attendre pour 2024 avec le RN ?

L’un des axes principaux, parmi ceux qui devraient être au programme de la conférence du jeudi après-midi, serait le plus cher au cœur du Rassemblement national : la lutte contre l’immigration. Le parti, représenté notamment au Parlement européen par Marion Maréchal et Jordan Bardella, tient, depuis plusieurs années, à dénoncer le “manque de volonté de Bruxelles” pour protéger les frontières extérieures de l’Union. Dans ce sens, le président du RN semblerait prendre une direction, déjà empruntée lors de la précédente élection en 2019, qui défend le principe de « double frontière », intérieure et extérieure, qui repose, pour la frontière extérieure, sur la coopération entre Etats.

L’immigration et sa régulation demeurent un thème incontournable pour l’Europe en 2024. Le Parlement européen a voté, le 10 avril, pour la réforme de la politique migratoire et d’asile de l’UE. Le projet, qui a divisé l’hémicycle, prévoit une révision complète de la politique européenne et inclut notamment une procédure frontalière accélérée, critiquée par les ONG d’aide aux migrants.

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Une économie contre “l’autarcie”

Sur les questions économiques, le RN devrait se positionner sur l’accord de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et le Canada (Ceta) au cœur des débats depuis son rejet au Sénat. Le candidat s’est, d’ors et déjà, exprimé devant les membres du Medef (Mouvement des entreprises de France) en rassurant son auditoire : “Personne ici ne propose l’autarcie.” Le candidat tête de liste a poursuivi, devant le syndicat patronal, sur un discours favorable aux entreprises, mettant l’accent sur la baisse des impôts de production et sur une stratégie de croissance.

Le RN dans une passe difficile

Le parti est actuellement dans une passe difficile, à un mois et demi des élections. Un contexte tendu pour le RN qui rend encore plus difficile la prise de parole de son président sur les questions épineuses comme l’immigration. Mercredi 24 avril, Saidali Boina Hamissi, candidat mahorais sur la liste du RN, a été mise en retrait pour “complotistes et racistes” sur les réseaux sociaux, selon un article publié par Libération, que le président du parti a expliqué “ne pas partager”. Saidali Boina Hamissi avait notamment publié sur Facebook : “La soumission de la femme vient naturellement lorsqu’elle se sent aimée, protégée et valorisée par son mari.” 

Le Rassemblement national a également été la cible de deux associations qui ont porté plainte contre Fabrice Leggeri, numéro 3 sur la liste, mardi 16 avril. L’ancien directeur de Frontex est accusé par la Ligue des droits de l’Homme (LDH) et Utopia 56, une association d’aide aux migrants, de complicité de crimes contre l’humanité et de torture. Jordan Bardella, qui a réagi au dépôt des plaintes, défend le candidat : « Il est poursuivi par des associations pro-migrants d’extrême gauche pour avoir fait son travail, c’est-à-dire d’avoir refoulé à la frontière européenne des migrants pour les raccompagner dans leur pays de départ. »

Une coalition européenne qui crispe

La question de ses alliés européens demeure également au centre des points de crispation du parti d’extrême droite français. Son équivalent allemand, l’AfD, met à mal la position du RN en Europe alors qu’un assistant de député européen a été arrêté pour espionnage avec la Chine.

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