Apple accusé par la République Démocratique du Congo (RDC) d’utiliser des minerais issus de mines « exploitées illégalement »

La marque à la pomme utilise des minerais « importés par contrebande » au Rwanda, issus de gisements où de « nombreux droits humains sont violés », selon des avocats mandatés par le gouvernement de RDC.

Apple est concerné par une mise en demeure, en regard de matériaux utilisés dans ses produits,  ©pxhere

La fabrication de produits Apple nécessiterait des matériaux obtenus en violation de plusieurs droits humains fondamentaux. Voici l’accusation émise par les avocats employés par Kinshasa, contre la marque à la pomme. « Le Rwanda est un acteur central de l’exploitation illégale de minerais, et notamment de l’exploitation de l’étain et du tantale en RDC […]. Après leur extraction illégale, ces minerais sont importés par contrebande au Rwanda, où ils sont intégrés dans les chaînes d’approvisionnement mondiales« , explicite le dossier remis par les avocats .

L’ambassadeur de la RDC en France, Émile Ngoy Kasongo, insistait, lors d’une rencontre organisée par le CINUP à l’université Assas lundi 21 avril, sur « ces productions qu’on appelle les minerais du sang ». Une expression reprise par les avocats William Bourdon et Robert Amsterdam, les deux avocats français à l’origine de cette mise en demeure de la firme californienne : « La responsabilité d’Apple, et au-delà des grands fabricants de high-tech, quand ils utilisent des minerais du sang, est restée depuis longtemps une boîte noire« . Émile Ngoy Kasongo a expliqué que le soutien du Rwanda aux groupes armés locaux, notamment le M23, se déploie pour récupérer le contrôle des extractions minières du Nord-Est de la République Démocratique du Congo, en particulier dans la région du Nord-Kivu.

Carte des dernières confrontations armées avec des rebelles soutenus par le Rwanda dans la région du Nord-Kivu, entre le 1er Septembre et le 23 février 2024. source : ACLED

« Quand vous achetez le produit d’un receleur, vous êtes vous-même coupable de vol. »

La crise régionale dans l’Est de la RDC est un des sujets évoqués par Emmanuel Macron, lors d’un entretien avec le président rwandais mardi 23 avril. Le Président de la République a appelé à Paul Kagamé à une « reprise des discussions au plus haut niveau entre les présidents de la République démocratique du Congo et de la République du Rwanda et au respect de l’intégrité territoriale de la RDC », selon l’Elysée.

Autre acteur pointé du doigt, l’Union Européenne et son accord de coopération pour l’exploitation de minerais signé avec le Rwanda depuis le 19 février 2022. Cet accord concerne entre autres l’exploitation du tantale et du tungstène, utilisés dans la fabrication de smartphone. Une entente critiquée déjà par le chef d’état de RDC qui juge que ce protocole : « encourage le pillage des ressources naturelles congolaises par le Rwanda […]. Quand vous achetez le produit d’un receleur, vous êtes vous-même coupable de vol.« 

Une accusation non récente contre certaines marques américaines

Face à sa mise à demeure, Apple, contacté par l’AFP, renvoie à son rapport annuel de 2023 sur l’utilisation des minerais concernés. Le rapport pointe une absence de « base raisonnable » pour conclure au financement direct ou indirect de leur chaîne d’approvisionnement par « des groupes armés en RDC ou dans un pays limitrophe.« 

Cette accusation concernant les mines de RDC n’est pas nouvelle. En décembre 2019 déjà, l’organisation de défense des droits humains International Rights Advocates (IRA) avait déposé une plainte à Washington contre cinq grandes firmes américaines : Apple, Microsoft, Tesla et la maison mère de Google et Dell. L’IRA les accusait de profiter dans les mines de cobalt du travail d’enfants.

Constantin Jallot