Discours d’Emmanuel Macron à la Sorbonne : un problème de timing

Emmanuel Macron donne un discours à la Sorbonne à quelques semaines des élections européennes. Si l’opposition critique grandement cette décision, elle intervient dans un contexte défavorable au président de la République.

Emmanuel Macron avait déjà prononcé un discours à la Sorbonne en 2017.

Emmanuel Macron à la Sorbonne, c’est reparti ! Après y avoir défendu une « Europe souveraine » en 2017, le président de la République s’exprime à nouveau ce lundi 25 avril dans l’amphithéâtre de l’université parisienne. Il donnera « un peu le cap de ce que le pays a fait et ce vers quoi nous allons et surtout pour les années à venir », a-t-il déclaré. Il tentera de relancer la campagne européenne de Renaissance en énumérant une série de propositions pour une « Europe puissance ».

Pour ce discours, il a convié les 79 députés européens français, tous partis confondus. Petit problème : Emmanuel Macron va s’exprimer sur l’Europe à Paris, au moment où les eurodéputés doivent voter à Strasbourg. Ils devront notamment se prononcer sur un texte important qui favorise la fabrication de produits « zéro net »

Sur X, la députée européenne du groupe Socialiste&Écologistes Nora Mebarek a décliné l’invitation en ironisant : « Désolée, j’ai vote cher Emmanuel Macron ». Sylvie Guillaume, députée européenne du Parti socialiste, a également réagi : « Faire ça pendant la dernière plénière du Parlement Europeen sérieusement !! ». Si les 23 députés européens français du groupe Renaissance se sont montrés plus discrets, aucun ne devrait se rendre à la Sorbonne pour assister au discours.

Une prise de parole critiquée

Même si l’Élysée assure que « ceci n’est pas un meeting politique », mais simplement « un discours de président », le discours intervient dans un contexte politique choisi. C’est en tout cas l’avis de l’opposition. 

L’eurodéputé du Rassemblement National Thierry Mariani a déclaré à l’AFP : « On a un discours d’Emmanuel Macron qui n’a rien d’innocent en pleine campagne européenne, alors que sa candidate est en train de dévisser ». Manon Aubry, députée européenne La France insoumise s’est montrée encore plus ferme sur BFM TV : « Il utilise encore son rôle de président pour faire campagne, une grave atteinte à la démocratie. Le 9 juin, on démacronise l’Europe ! ».

Trop tard, trop de retard

Selon le dernier sondage Ipsos pour Franceinfo, la liste Renaissance portée par Valérie Hayer représente seulement 16% des intentions de vote dans les sondages. C’est deux fois moins que son principal concurrent du Rassemblement National, Jordan Bardella. 

Le président s’impliquerait ainsi directement dans la campagne européenne, notamment pour tenter de convaincre les nombreux abstentionnistes de ces élections, qui représentaient 81,64% des potentiels votants en 2019.

Mais le timing choisi par Emmanuel Macron pour entrer en campagne pose un autre problème. Les inscriptions en ligne sur les listes électorales européennes ferment le 1er mai, soit moins d’une semaine après son discours. La stratégie ne pourra donc être efficace qu’à très court terme et il sera difficile pour Renaissance de rattraper le retard sur Jordan Bardella. 

D’autant plus que le président du Rassemblement National ne se laisse pas faire. Depuis le début de sa campagne le 3 mars dernier, Jordan Bardella multiplie les attaques à l’encontre du président. Cette fois, il a prévu de contre-attaquer en dévoilant son programme pour le scrutin du 9 juin, quelques heures seulement après le discours du président de la République. Pour cela, il a convié les médias au siège de son parti en fin de journée.

Tom Chabeau