Pour son discours de la Sorbonne, Macron veut sauver Hayer et la fin de son quinquennat

Dans son discours sur l’Europe, à la Sorbonne jeudi 25 avril, le président Emmanuel Macron a dressé le portrait d’une Europe « aujourd’hui mortelle ». Pour la sauver, il présente sa vision d’une « Europe puissance ». Le chef de l’État espère ainsi relancer la liste Renaissance dans la campagne des Européennes et redorer le bilan de son mandat. 

Emmanuel Macron présente sa vision « d’Europe puissance » lors de son discours à la Sorbonne © N. MERGUI

Afficher un bilan et des ambitions. « Je donnerai un peu le cap de ce que le pays a fait et ce vers quoi nous allons et surtout pour les années à venir. » Sept années après son premier discours sur l’Union, Emmanuel Macron avait annoncé les deux axes d’un discours très attendu. En revenant sur les accomplissements de sa politique pro-européenne, le président donne du crédit à sa vision de l’Europe, dont l’agenda sera débattu en juin. Plan de relance européen post-Covid-19, ébauche d’une politique industrielle souveraine, régulation du numérique… Nombreux sont les « pas » qu’a réalisés l’Europe des Vingt-Sept, et qui émanent de « l’Europe souveraine », se félicite Emmanuel Macron.

Lors de son premier discours sur l’Union à la Sorbonne en 2017, quatre mois après son élection, Emmanuel Macron avait déjà donné le ton de son mandat : L’Europe en serait le cœur. Le président avait amorcé son discours fondateur sur l’Europe par « les grands défis de notre temps » : les « grandes migrations », le « réchauffement climatique », « la défense et la sécurité »… Des enjeux auxquels le président comptait répondre par la « seule voie qui assure notre avenir, la refondation d’une Europe souveraine, unie et démocratique ».

Profitant de l’aura de Sorbonne I, Emmanuel Macron cherche encore à dessiner les contours d’une Europe. Cette fois-ci, il rêve une « Europe puissance ». Surtout, même s’il le dément, il espère capitaliser sur son sujet de prédilection pour relancer la campagne européenne de Valérie Hayer. La tête de liste de la majorité présidentielle qualifie même l’intervention du chef de l’Etat de « bouffée d’oxygène », alors qu’elle peine à exister dans le scrutin du 9 juin. Avec un retard de sa liste estimé entre 14 et 16 points sur celle de Bardella, qui fait la course en tête, et Glucksmann qui ne cesse de remonter dans les sondages, la campagne de la majorité présidentielle espère ainsi reprendre son souffle à la Sorbonne.

Référendum contre Macron

Emmanuel Macron peut-il néanmoins sauver la campagne de la majorité ? « Tout le monde compte sur Macron. Mais plus il va parler et plus il risque de faire perdre des points. Le risque c’est que ces Européennes se transforment en un référendum contre lui », résume un macroniste de la première heure et ancien ministre. Sorbonne II s’apparente donc à une arme à double tranchant. Si Valérie Hayer ne connaît pas de rejet virulent de la part des électeurs, « parce qu’elle a l’air sympathique ou parce qu’on ne la connaît pas », explique plusieurs élus Renaissance, la figure d’Emmanuel Macron pourrait ternir l’image de la candidate. Ou relancer sa campagne, déjà en berne.

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Ce discours de la Sorbonne et le scrutin du 9 juin marquent surtout un ultimatum pour le président français, qu’il ne cache pas. Appelant ses électeurs à choisir aujourd’hui l’avenir de l’Europe, il cherche à remobiliser ceux prêts à sauver l’Union. « Notre Europe aujourd’hui est mortelle. Elle peut mourir et cela dépend uniquement de nos choix, martelle-t-il dans son discours. Mais ces choix sont à faire maintenant. » En sauvant l’Europe, fer de lance du chef de l’Etat, Emmanuel Macron espère ainsi se sauver lui-même.

Adèle Loisel