Depuis lundi 22 avril, certains campus américains font l’objet de blocus par leurs étudiants pour défendre la cause palestinienne. Un mouvement de grande ampleur, qui s’est exporté jusqu’en France avec une mobilisation inédite à Sciences-Po Paris. À Rennes II, où la mobilisation étudiante est forte, une telle action n’est néanmoins pas au goût du jour.

« On ne partira pas tant qu’on ne sera pas écoutés.» Voilà la banderole que l’on peut apercevoir par une fenêtre du mythique bâtiment de Sciences Po Paris, ce vendredi 26 avril. Hier, une dizaine d’étudiants ont passé la nuit dans le campus, situé 27 rue Saint-Guillaume et continuent de l’occuper ce matin. D’autres étudiants de l’université sont aussi venus rejoindre le mouvement ce vendredi. Barricades, poubelles, vélos… tout a été utilisé pour bloquer l’entrée du bâtiment. Une mobilisation qui n’est pas nouvelle. La veille, une soixantaine d’étudiants avaient déjà occupé l’amphithéâtre extérieur d’un campus de l’école dans le 7e arrondissement. Ils avaient notamment installé des tentes pour rester sur le campus. Mais les forces de l’ordre ont procédé à l’évacuation du site.
Ce mouvement de mobilisation vient principalement des États-Unis. Depuis lundi 22 avril, des dizaines de tentes ont été plantées sur la grande esplanade de l’université Columbia à New York, occupée par les manifestants. Même son de cloche sur les campus de Cambridge dans le Massachusetts et Berkeley en Californie ou encore à Harvard. Au total, une centaine de personnes ont été interpellés et des établissements ont même suspendus certains étudiants.
« On ne peut pas bloquer la fac comme ça »
À l’université Rennes II, où la mobilisation étudiante est importante, peut-on voir ce type d’actions se produire ? Pas si sûr selon Fabien, membre du syndicat Union pirate à l’université Rennes II. « On ne peut pas bloquer la fac comme ça »,estime l’étudiant. Selon lui, la répression de l’établissement et le calendrier à l’approche des partiels compliquent la tâche pour ce genre d’actions.
Le syndicat Union Pirate est pourtant le premier syndicat étudiant de l’université Rennes 2. Connu pour sa forte mobilisation étudiante, il cumule plus de 17 000 abonnées sur Instagram. Pour autant, le blocage du campus n’est pas vraiment envisagé.
« Au nom du syndicat, évidemment qu’on en a parlé, ça a été pensé, mais ça risque de ne pas se faire, ce n’est pas forcément possible. Est-ce qu’on peut bloquer les étudiants comme ça à quelques semaines des partiels ? Est-ce que cette action a vraiment un intérêt pour faire avancer le débat ? Pour nous, l’essentiel c’est d’abord d’informer, sur ce qu’il se passe concrètement là-bas pour ensuite, se mobiliser correctement vis-à-vis de ce qu’il passe. »
Pour ça, le syndicat a déjà mis en place plusieurs actions. Parmi elles, l’organisation de conférences avec notamment des juristes en droits internationaux pour éclaircir les étudiants sur le sujet. En parallèle, chaque semaine, le groupe appelle à se mobiliser après les demandes du syndicat France Palestine à manifester.
Une répression difficile qui freine la mobilisation
Néanmoins, les actions menées par le syndicat sont freinées par les différentes annulations de l’établissement. Le 10 avril dernier, le syndicat en collaboration avec les Jeunes Insoumis de Rennes a organisé une conférence. Jean-Luc Mélenchon, leader de la France Insoumise, devait prendre la parole aux côtés d’Emma Fourreau, candidate aux élections européennes sur la liste de LFI. Une conférence finalement annulée par l’université « au vu des conditions pas réunis pour garantir la sécurité. »
« L’université a été très floue sur les raisons de cette annulation, regrette Fabien. Ils disaient qu’i y avait trop de monde présent au sein du campus, environ 1 000 personnes et que ça pouvait dégénérer. Pourtant la préfecture avait prévu des moyens supplémentaires pour garantir la sécurité et la fac a refusé. Ils auraient aussi reçu des menaces d’attentat, mais impossible à vérifier et ils n’ont rien justifié envers nous. »
Enfin, autres freins à la montée de la mobilisation : le mouvement arrive en fin d’année à l’approche des examens pour les étudiants, et sans la mobilisation de tous, « impossible que le mouvement prenne de l’ampleur ».
« Mettre en place un blocus est compliqué. Je pense qu’il faut qu’on ait d’abord ce rôle de syndicat, et si ensuite, vient une volonté d’avoir vraiment un impact, il faut que toutes les organisations se mobilisent ensemble sur cette question. Pour l’instant, on en est loin comparé à Sciences Po », conclut l’étudiant.
Sciences-Po : un cas isolé
En réalité, la mobilisation, menée par le Comité Palestine de Sciences-Po est un cas spécial. L’établissement est proche de certaines universités américaines en raison des différents partenariats de l’école. Sciences-Po propose par exemple un double diplôme avec l’université de Columbia à New York, qui a été bloquée par les étudiants la semaine dernière. Une proximité avec les facultés américaines qui favorise l’exportation rapide du mouvement.
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