Le président biélorusse a menacé hier, jeudi 25 avril, d’attaquer l’Ukraine en cas d’extension du conflit à Minsk. Il n’exclut pas d’utiliser les missiles nucléaires qu’il prétend posséder.

« En cas d’attaque ukrainienne sur la Biélorussie, nous et Moscou répondront immédiatement par tous types d’armes » a menacé le président biélorusse Alexandre Loukachenko, lors de la 7ème assemblée populaire de Biélorussie, hier matin. Une occasion pour réaffirmer son positionnement sur la guerre russo-ukrainienne. Alexandre Loukachenko a déclaré qu’ : « environ 120.000 soldats ukrainiens sont à la frontière biélorusse. Le risque d’incident est très élevé. » Un contexte qui pourrait justifier l’utilisation d’armes nucléaires.
La Biélorussie possèderait « plusieurs douzaines » d’armes nucléaires tactiques de moyenne portée (quelques centaines de kilomètres), selon le discours d’Alexandre Loukachenko. Déjà, au printemps 2023, le président biélorusse avait assuré l’envoi de ces missiles par la Russie, dans une vidéo postée sur Telegram. La conséquence d’un accord de livraison d’ogives nucléaires russes à la Biélorussie, signé par Vladimir Poutine et Alexandre Loukachenko, l’année dernière.
« Moscou aurait envoyé des armes nucléaires »
Le flou persiste pourtant. « Même si l’envoi de Su-25 (avions pouvant transporter des missiles nucléaires) à Minsk serait confirmé, rien ne garantit que ces derniers ne soient pas vides. », nuance Kélian Sanz Pascual, analyste pour le cabinet de conseil géopolitique Cassini. Il poursuit que les déclarations politiques sont plus nombreuses que les images. En ce sens, un spécialiste de la dissuasion nucléaire à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), confirme qu’il n’y a aucune photographie de ces dites armes.
Autre limite à apporter, quand bien même Minsk disposerait de ces armes, elle ne pourrait s’en servir. Le chercheur explique que seule la Russie peut décider d’enclencher ces missiles ou non. La Biélorussie n’était qu’un pays stockant cette artillerie. En l’occurrence, le seul dans la région. Pour autoriser cette ingérence, la Constitution biélorusse a été changée en 2022. Ce nouveau texte a également donné à l’Assemblée populaire, devant laquelle se tenait Alexandre Loukachenko, des prérogatives martiales.
La preuve d’une amitié entre Moscou et Minsk
Le président biélorusse confirme sa proximité avec le régime russe, en servant les intérêts de Moscou. « Vladimir Poutine ne respecterait pas le droit international s’il venait à menacer l’Ukraine, qui ne dispose pas d’armes nucléaire, d’une attaque nucléaire. Il passe alors par ses ministres, ses représentants ou Loukachenko faisant office de « proxy » » explique le spécialiste de la dissuasion nucléaire. Depuis la fin de l’URSS, l’ancienne république soviétique est un partenaire économique et militaire essentiel pour la Russie.

L’analyste Kélian Sanz Pascual insiste cependant sur un mouvement de bascule biélorusse entre la Russie et l’Europe. « Minsk ne veut pas trahir son allié russe, analyse le géopolitologue, mais ne souhaite pas entacher ses relations avec l’Europe en se donnant une mauvaise image ». Il complète en appuyant sur la nature autoritaire du régime d’Alexandre Loukachenko, qui réprime ses opposants politiques. L’engagement concret de la Biélorussie dans la guerre russo-ukrainienne ne serait pas accepté par les opposants ou les soutiens du président, comme l’armée.
Un risque d’emballement peu probable
L’engagement de la Biélorussie dans un conflit nucléaire avec l’Ukraine semble ainsi peu probable. L’intérêt derrière ce discours est de s’affirmer comme un pays fort. Le spécialiste de la FRS voit en la déclaration d’hier un signe de « populisme ». Alexandre Loukachenko cherche à rassurer sa population d’un soutien russe en cas d’escale. Une lecture partagée par l’analyste de Cassini : « La première partie du discours se concentre sur l’idée que « tout va bien en Biélorussie et qu’il ne faut pas s’inquiéter »».
Une critique de l’Europe et des Etats-Unis doit être prise en compte pour la compréhension de cette menace nucléaire. La deuxième partie du discours d’Alexandre Loukachenko cible particulièrement l’OTAN. Suivant la logique du chef d’Etat biélorusse, menacer l’Ukraine reviendrait à menacer l’OTAN. « L’organisation illégale » selon ses dires menacerait la Biélorussie, en ayant des troupes à ses frontières, en Pologne, en Lettonie et en Lituanie.
Le sérieux des déclarations et la véracité des propos du discours d’Alexandre Loukachenko pourraient être remis en question. Le président biélorusse a annoncé hier que les services secrets biélorusses ont intercepté une attaque de drones lancée par la Lituanie. Une opération chapeauter par les opposants ayant quitté la Biélorussie pour se réfugiés en Europe, rappelle Kélian Sanz Pascual. La Lituanie a aussitôt démenti toute attaque envers Minsk.