Dans les universités américaines, les étudiants propalestiniens font entendre leur voix de plus en plus puissamment. Une mobilisation qui inspire les étudiants français, comme à Sciences Po Paris.

Penchés par les fenêtres, des étudiants scandent des slogans de soutien à la Palestine. Certains tiennent des drapeaux aux couleurs palestiniennes, d’autres des pancartes aux messages incisifs, comme « génocide, Sciences Po complice ». Vendredi 26 avril, nombreuses sont les vidéos sur les réseaux sociaux montrant le campus parisien de Sciences Po Paris bloqué par des étudiants propalestiniens. À l’image des étudiants américains, leur but est d’interpeller l’administration de l’école, et plus largement, les citoyens sur la situation des Palestiniens à Gaza.
C’est la deuxième fois cette semaine qu’ils occupent l’établissement. Mercredi déjà, une trentaine d’étudiants avaient érigés un campement sur le campus, avant d’être délogés dans la nuit par les forces de l’ordre, sur demande de l’administration de Sciences Po. Élise, étudiante en première année à l’IEP se dit « choquée » des vidéos qu’elle a vues sur les réseaux sociaux au lendemain de cette évacuation : « Il n’y avait pas de violence en soit, mais des policiers ont quand même été envoyés pour sortir des élèves qui, pour moi, étaient dans leur droit », témoigne-t-elle. Même si elle ne participe pas activement au mouvement de contestation, elle le trouve « nécessaire » et y est favorable. L’Union étudiante de Sciences Po estime quant à elle dans un communiqué que la direction de l’établissement, « prend un tournant autoritaire ».
Un mouvement inspiré de celui des États-Unis
Cette fois, les étudiants sont parvenus à passer la nuit dans l’établissement. L’action a largement été commentée sur les réseaux sociaux. « Soutien total aux étudiants de Sciences Po mobilisés contre le génocide en Palestine », a écrit sur X (ex-Twitter) le député La France Insoumise Jérôme Legrave, comparant les étudiants français à leurs homologues américains.
La contestation universitaire sur le conflit à Gaza est de grande envergure aux États-Unis. C’est l’université de Columbia, à New York qui a impulsé le mouvement, dès les jours qui ont suivi l’attaque du 7 octobre. Ces dernières semaines, le mouvement a pris une ampleur considérable et s’est répandu à d’autres grandes universités du pays, comme Yale et Harvard. À Columbia, berceau de la contestation, des centaines de tentes sont installées sur le campus et les étudiants manifestent quotidiennement, parfois face aux forces de l’ordre. Une ampleur que n’atteint pas encore la contestation des étudiants français.
« Le mouvement américain a un impact médiatique énorme. Mais ça ne veut pas dire qu’il est plus important qu’en France. Nous, on a commencé plus tard, c’est normal que ça ne prenne pas encore » justifie une étudiante de Sciences Po qui souhaite rester anonyme. Elle participe régulièrement aux différentes manifestations et regarde de près ce qu’il se passe aux États-Unis. Pour elle, les étudiants français s’inspirent de ce qu’il s’y passe (comme en érigeant des campements sur le campus) tout en s’appropriant le mouvement : « On enlève certaines choses, on en ajoute d’autres. Chaque université met sa touche d’originalité ». Selon elle, pour que la mobilisation française gagne de l’ampleur, il faudrait que les universités « homogénéisent » leurs actions.
Vers une contestation violente ?
Le mouvement français commence à gagner en visibilité, et certains craignent que la violence grandissante sur les campus américains n’arrive aussi en France. La semaine dernière, les altercations entre les forces de l’ordre et les étudiants n’ont fait que croître outre-Atlantique. Une cinquantaine d’étudiants de Yale, une centaine de Columbia et 120 de l’Université de New York ont été arrêtés alors qu’ils protestaient en faveur de la cause palestinienne. Le président républicain de la Chambre des représentants du Congrès, Mike Johnson a même menacé les étudiants d’envoyer la garde nationale « si la situation n’est pas maîtrisée rapidement ».
Une étudiante de Sciences Po l’assure cependant, le mouvement français est « totalement pacifique ». Et même si elle aimerait que les contestations françaises prennent la même ampleur de celles des Américains, elle est contre les dérives qui y sont liées : « Je suis pour une mobilisation similaire, mais sans l’usage de la force. Elle ne devrait pas être présente, c’est choquant ce qu’on peut voir aux États-Unis », ajoute-t-elle. Élise est du même avis, mais elle a parfois déjà été témoin d’altercations entre des étudiants. « Au semestre dernier, il y avait de grosses tensions. Une fois, plusieurs élèves se sont battus », raconte-t-elle. Malgré tout, elle estime que la majorité des étudiants « se réunissent juste pour crier leur mécontentement ».
Mais vendredi 26 avril, la mobilisation prend de l’ampleur à Sciences Po. Plusieurs personnalités politiques, comme Jean-Luc Mélenchon l’ont soutenu publiquement, et d’autres, comme Rima Hassan, se rendent sur place.
Aux États-Unis aussi, le mouvement est très suivi par la sphère politique. « La haine n’a pas de place dans notre ville », a par exemple écrit Eric Adams, le maire démocrate de New York, sur X. Comme les politiciens français, il condamne fermement les actes violence et les propos antisémites tenus par certains étudiants pro-palestiniens. Les médias français commencent à s’emparer de la manifestation des étudiants de Science Po. Comme Columbia, l’IEP pourrait devenir dans les prochaines semaines le phare français de la contestation étudiante.
Manon Berdou