Élections européennes : comment Macron, Bardella et Glucksmann parlent aux jeunes

Pour remonter dans les sondages, les partis politiques s’adressent à leur base électorale jeune, qui envisage une forte abstention aux élections du 9 juin. Discours et réseaux sociaux sont mis à profit afin d’inciter au vote. 

Les partis politiques incitent les jeunes à voter le 9 juin, pour gagner des voix. © N. MERGUI

Après le « discours fleuve » de Raphaël Glucksmann à Strasbourg, puis le « discours sur l’Europe » d’Emmanuel Macron à la Sorbonne, enfin le « discours pour bâtir l’Europe du XXIème siècle » de Jordan Bardella au siège du Rassemblement national. Dans cette course aux Européennes, les trois partis en tête des sondages se sont élancés dans un flot de réquisitoires, notamment pour séduire un électorat : celui de la jeunesse. 

Souvent considérés comme dépolitisés, les jeunes sont la cible des partis politiques pour remonter dans les sondages. « 62% des jeunes n’ont pas voté en 2019 ! », se souvient Jules Camezind, bénévole de l’association Les Engagés, un mouvement apolitique qui lutte contre l’abstention des 18-35 ans. Quant au vote du 9 juin prochain, l’étudiant s’inquiète de l’abstention de ses pairs : « Soit ils ne voteront pas, soit ils voteront pour les extrêmes. » 32% des moins de 35 ans qui comptent voter se dirigent ainsi vers la liste RN, selon les derniers sondages donnés par l’Ipsos. En deuxième position, LFI atteint les 13%. 

« Remettre en cause l’ordre établi »

Ces chiffres révèlent une polarisation des jeunes électeurs vers les partis aux extrêmes, à droite comme à gauche. Edouard Gaudot, historien et ancien conseiller politique, explique cette radicalité chez les jeunes par leur « soif de trouver de nouvelles structures et de nouvelles autorités ». Au moment de l’adolescence, « moment d’abandon des rêves », les jeunes traversent leurs premiers traumatismes qu’ils traduisent par un rejet des institutions. Elles sont accusées de « ne servir à rien », décrit l’historien. 

Néanmoins, cette désinstitutionnalisation des jeunes n’amorce pas leur dépolitisation. Au contraire. « Face aux institutions traditionnelles, les jeunes demandent autre chose, qu’ils trouvent dans la radicalité, révèle Edouard Gaudot. Ils peuvent remettre en cause l’ordre établi grâce aux partis des extrêmes, se retirer totalement de la sphère politique ou s’engager autrement, avec des associations. » Pour les élections européennes, c’est donc par l’abstention ou le vote en faveur des extrêmes que les jeunes choisissent de transposer leur rejet des institutions. Seuls 42% d’entre eux comptent notamment se rendre aux urnes, selon un sondage Ipsos de février 2024.

Inonder les réseaux sociaux

Une telle polarisation de la jeunesse vers les extrêmes est donc un défi majeur à relever pour les partis traditionnels, en berne dans les sondages. En tirant des leçons des extrêmes, plus populaires chez les jeunes, les groupes politiques traditionnels cherchent à remobiliser cet électorat majoritairement indécis. « Faire sens auprès des jeunes » grâce à une communication plus ciblée et moins déconnectée, c’est ce que recommande l’historien Edouard Gaudot. « Les politiques ne parviennent plus à convaincre les jeunes parce qu’ils ont une exigence d’intelligibilité des partis. Ils ne comprennent plus les hommes politiques. » Alors, pour se faire comprendre, les politiques envahissent les réseaux sociaux. L’objectif ? Transmettre des messages forts, à un large qu’il reste à conquérir. 

Ces messages chocs, qui abondent les réseaux sociaux, proviennent notamment des temps forts de chaque discours. Des discours, dont la recherche d’intelligibilité auprès des jeunes se note par des efforts sémiologiques : les éléments de langage sont explicitement tournés vers les préoccupations des jeunes, afin de leur parler directement. Lors des discours très formels des trois listes qui font la course en tête, ceux de Glucksmann, Macron et Bardella, la jeunesse est ainsi mentionnée sans être apostrophée. Une façon pour les politiques de s’adresser à cet électorat, qui se déplace peu dans les meetings. D’abord, ils évoquent ce qui concerne les jeunes, puis retranscrivent les sessions phares de leurs discours sur leur compte aux milliers, voire millions, d’abonnés. 

Répondre aux préoccupations

Pouvoir d’achat, changement climatique et insécurité. Ces trois thèmes sont ceux qui préoccupent le plus les jeunes de 18 à 24 ans, selon le dernier sondage Ipsos. Derrière, on retrouve la lutte contre les discriminations, fer de lance du candidat Parti socialiste – Place publique Raphaël Glucksmann. Ce sont aussi ceux qui ont été le plus mis en avant sur les réseaux sociaux, à la suite des discours. Les « vagues migratoires qui se déversent sur notre continent » clamées par Jordan Bardella répondent à l’Europe souveraine, martelée par Emmanuel Macron. La « puissance écologique antidote au déclin » de Raphaël Glucksmann illustre l’objectif « zéro pollution plastique » du président. Et cherche à décrédibiliser les critiques de « l’écologie punitive » du candidat du Rassemblement national. 

Emmanuel Macron s’adresse directement aux jeunes sur son compte X (ex-Twitter), grâce à un format interactif.

La liste de la majorité, créditée de 16% des intentions de vote, espère investir d’autres sphères que celle des réseaux sociaux pour se rapprocher de son électorat jeune. Elle mise donc sur le symbole. En choisissant la Sorbonne comme lieu de son sacre européen, Emmanuel Macron cherche à interpeller la base électorale jeune, dont il mesure le poids pour les Européennes. « Le choix du lieu est symbolique, assure Alexis Costa, président de l’association Les Engagés. La Sorbonne rassemble les jeunes intellectuels, que le président cherche à mobiliser. » Avec Bardella qui fait la course en tête, et Glucksmann qui ne cesse de remonter dans les sondages, la campagne de la majorité présidentielle espère donc reprendre son souffle grâce à la jeunesse.

Adèle Loisel