La note de solvabilité de la France est mise à jour, vendredi 26 avril, par l’agence de notation Fitch. Un rapport attendue alors que le gouvernement craint une dégradation de sa note, dans la continuité de 2023.

“ Les dernières données budgétaires confirment notre décision de dégrader la note de crédit de la France” : l’annonce des analystes de Fitch tombe comme un couperet pour le gouvernement. Dans le rapport de l’agence de notation début avril, la sentence semble définitive : la France verra sa note financière tomber en avril 2024. Il y a un an, la note avait déjà baissé d’un cran, une première pour le pays qui se stabilisait à AA depuis 2014. Alors qu’il y a six mois, Fitch envoyait un signal d’alerte au gouvernement, le rapport 2024 risque d’être peu flatteur pour la France.
Un déficit public qui s’aggrave
Fitch a justifié cette dégradation de la note souveraine de la France avec l’aggravation de ses finances publiques. Plusieurs annonces, fin 2023 et début 2024, ont contribué à cette aggravation. En février, le gouvernement s’était résolu à abaisser les objectifs 2024 pour la croissance, passant de 1,4 % à 1 %. Décision qui s’est assortie d’une annonce inquiétante : l’État devra trouver 10 milliards d’économie en urgence pour équilibrer son budget. De quoi s’inquiéter, puisque c’est au tour de l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques) d’être le porteur de mauvaises nouvelles. Dans son rapport fin mars, elle chiffre un déficit public en 2023 à 5,5 % du PIB, soit 0,6 point de plus par rapport au taux initialement estimé.

Mais alors quel est le responsable de chiffres aussi peu flatteurs pour la politique budgétaire de Bercy ? La faute revient aux recettes publiques, mouton noir du gouvernement français. En 2023, la France chiffrait près de 21 milliards d’euros en moins par rapport aux attentes. Un déséquilibre justifié par le plan économique du gouvernement : les impôts, en baisse, constituent une source de revenu instable pour les recettes.
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Déficit budgétaire et optimisme français
Les “déficits budgétaires importants” seraient la clé de la dégradation de la note de solvabilité de la France, comme le justifiait déjà Fitch en 2023. La politique budgétaire de l’État s’est concentrée, pendant trois ans, sur la hausse des dépenses publiques, pour amortir le choc de l’inflation et de la crise du Covid. Une politique du “quoi qu’il en coûte” qui a coûté la baisse de la note française aux yeux des analystes de Fitch.
Le montant de la dette est surtout décisif pour la note, et ne joue pas en faveur de la France puisqu’elle dépasse les 3 000 milliards d’euros, soit plus de 110 % du PIB français. Le plus grand point d’inflexion, sur lequel la menace de dégradation repose, c’est l’optimisme français. Le gouvernement visait une réduction du déficit à 3 % du PIB d’ici 2027. Un objectif jugé “hors de portée” par Fitch, même si, sans nouvelle importante aggravation de la dette, l’agence a envisagé un possible maintien de la note française à AA-.
Pourquoi noter la France ?
Même si la note financière de la France baisse de AA- à A, la soutenabilité de sa dette n’en serait pour autant pas reconsidérée, puisqu’elle se classerait encore parmi les pays à la qualité de crédit élevée. Mais cette dégradation ne serait pas non plus sans effet sur la France.

Son premier impact touche directement la dette publique. La notation Fitch joue sur les conditions d’emprunt de l’État. Une dégradation de la note de solvabilité française conduirait à la hausse des taux d’intérêt des titres de dettes et donc augmenterait les difficultés de la France à emprunter. Effet non négligeable souligné par l’économiste Evguenia Iankova : “Les modifications de notation sont plus ressenties à l’occasion des abaissements que lors des relèvements de notation, avec une asymétrie plus présente dans le cas des actions”, c’est-à-dire des titres de dette.
Un virage économique nécessaire
La dégradation de la note peut jouer aussi sur les émetteurs de la dette, c’est-à-dire les États. “Les agences de notation sont des observateurs efficaces de l’économie et peuvent, à ce titre, non seulement contribuer à la réflexion collective, mais aussi encourager, par le système des notations, les États à prendre les mesures nécessaires”, affirme l’économiste Marc Ladreit de Lacharrière. La notation peut influencer le gouvernement à modifier ses politiques budgétaires. Comme le justifie Fitch en 2023, la baisse de la note peut sonner comme un signal d’alarme aux oreilles des pays. L’État français pourrait reconsidérer ses orientations économiques à l’horizon 2027 et changer de cap en mettant l’accent sur l’assainissement des recettes publiques.
Les regards se tournent donc vers le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, le 26 avril. La perspective d’une dégradation de la note et d’un message alarmant de Fitch, met à mal la politique budgétaire prévue par le ministre qui fustigeait “l’appréciation pessimiste” de l’agence. Pier Carlo Padoan, secrétaire général adjoint de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), critique son effet pervers : « Les agences de notation expriment des jugements, entraînant une accélération de tendances déjà à l’œuvre. C’est comme pousser quelqu’un qui est au bord d’un ravin. Elles aggravent la crise. »