Ce vendredi 26 avril, les agences de notation Fitch et Moody’s actualiseront la note de la France. Une perspective redoutée à Bercy, tant pour l’attractivité économique du pays que pour les ambitions présidentielles de Bruno Le Maire.

À Bercy, la date est dans tous les esprits. Vendredi 26 avril. Les agences de notation Fitch et Moody’s se prononceront sur la dette souveraine française. Il y a un an, Fitch dégradait déjà la note de la France. Il est donc peu probable que l’agence sanctionne à nouveau l’Hexagone. En revanche, Moody’s pourrait se montrer plus critique et réduire son appréciation de la dette tricolore.
Les effets pourraient être immédiats. Avec une hausse des taux d’intérêts d’emprunt, les créanciers pourraient réclamer une meilleure rémunération, prêter à la France étant considéré comme plus risqué. Des conséquences économiques, mais également politiques. Avant tout pour Emmanuel Macron, surnommé « l’homme aux 1000 milliards de dette » par l’hebdomadaire Le Point. Mais aussi pour Bruno Le Maire, jugé responsable d’une France « plombée » par la dette, en couverture du dernier numéro de L’Express.
Chantre de la rigueur
À l’approche de cette échéance, le ministre de l’Économie s’est dit « très serein », sur BFM Business. En réalité, Bruno Le Maire sait que si la note de la France se dégrade, sa crédibilité prendra un coup. Et avec celle-ci, c’est tout un récit qui s’effondre. Celui d’un chantre de la rigueur, construit à coût d’annonces et de déclarations chocs. À un mois d’intervalle, c’est Bruno Le Maire qui annonce au « 20 heures » de TF1 une hausse des tarifs de l’électricité et 10 milliards d’euros d’économies supplémentaires.
Une image parachevée par la publication en mars d’un nouvel ouvrage, La voie française (Flammarion). Un livre programmatique ? « Un acte de foi envers la France », assure le Bruno Le Maire dans les colonnes du Journal du dimanche. Pourtant, le ministre de l’Économie multiplie les propositions pour éviter « un échec électoral en 2027 » et empêcher le « déclassement » de la France.
TVA sociale
L’État-providence étant devenu une « pompe à fric », comme il le déclarait dans un entretien au Monde le 6 mars, Bruno Le Maire prône une réforme du modèle social. Et propose de baisser les cotisations salariales, en les compensant par une hausse de la TVA. L’opposition agite déjà le spectre du retour de la TVA sociale. « C’est une vieille lubie de la fin des années 90, du mondialisme triomphant, fustige Jean-Philippe Tanguy, député RN de la Somme. Économiquement, c’est obsolète et socialement, c’est dégueulasse. »
Après avoir été le ministre du « quoi qu’il en coûte », qui a contribué à sa popularité, Bruno Le Maire revêt les vêtements du « père la rigueur ». Mais sa stature a déjà été ébranlée par le dérapage du déficit public en 2023. Initialement prévu à 4,9 % du PIB, il s’est finalement élevé à 5,5 %. La crédibilité des discours de Bruno Le Maire sur le désendettement de la France a pris un coup. « Il veut se défausser », analyse Jean-Philippe Tanguy, rappelant les rumeurs d’un départ du ministre à Washington, pour prendre la direction du FMI.
« Ça fait sept ans que tu es là »
Des leçons d’économie qui ont le don d’agacer Emmanuel Macron. Le Figaro a rapporté une scène qui s’est produite à l’Élysée, le 20 mars dernier. Lors d’une réunion consacrée à la situation économique du pays avec tous les poids lourds du gouvernement, le locataire de Bercy évoque les économies à faire pour redresser les comptes publics. Visiblement agacé, le président de la République remet son ministre à sa place. « Bruno, ça fait quand même sept ans que tu es là », lâche-t-il.
Une manière de rappeler que le ministre de l’Économie est tout autant comptable de ce bilan. Et que s’il venait à se présenter en 2027, il devrait en endosser la responsabilité. Avant le chef de l’État, l’ancienne Première ministre Élisabeth Borne avait haussé le ton contre son ministre, selon des propos rapportés par Le Monde. « Il ferait mieux de travailler au lieu d’écrire des livres de cul », s’était-elle exclamée, en référence à Fugue américaine (Gallimard), cinquième livre de Bruno Le Maire, contenant plusieurs passages érotiques.
Face à l’hypothèse d’une candidature du ministre-écrivain, le RN se frotte les mains. « Avoir Bruno Le Maire qui a planté les comptes publics, ça serait un cadeau pour nous », estime Jean-Philippe Tanguy. À la question de savoir où est-ce qu’il aimerait être en 2027, le ministre de l’Économie avait répondu « à une bonne table en train de fêter les 18 ans de mon troisième fils, Matthias », dans un entretien à La Tribune.
L’agence de notation Standard & Poor’s actualisera sa note de la France le 31 mai. À neuf jours des élections européennes, une potentielle sanction pourrait affaiblir la majorité présidentielle, déjà mal en point dans les sondages. L’opposition ne manquera pas de tirer à boulets rouges sur le gouvernement, heureuse de l’attaquer sur un de ses fondamentaux.
Hicham-Mehdi Zemrani