Le président de la République s’est exprimé pendant près de deux heures sur l’Europe jeudi 25 avril à la Sorbonne. L’occasion d’aborder brièvement la transition écologique sous le prisme de l’autonomie stratégique.

Lors de son discours sur l’Union Européenne, jeudi 25 avril, Emmanuel Macron, n’a pas dévié de sa ligne habituelle sur l’écologie. Il n’a que brièvement abordé le sujet – son discours portant davantage sur la souveraineté européenne, les questions de défense, l’immigration ou le numérique – et il l’a avant tout présenté comme un levier de la compétitivité européenne. Selon lui la transition passera notamment par la « préférence européenne » et l’investissements dans de nouvelles technologies.
Préférence européenne
Emmanuel Macron a d’abord insisté sur la nécessité de protéger l’Europe face à l’Inflation Reduction Act américain – un paquet de mesures protectionnistes pour le climat adopté en 2022 par les États-Unis-, et aux « sur-subventions chinoises ». Il appelle à une « révision » de la politique commerciale européenne pour une meilleure défense des intérêts : « Ça ne peut pas marcher si on est les seuls au monde à respecter les règles du commerce telles qu’elles avaient été écrites il y a quinze ans, si les Chinois, les Américains, ne les respectent plus en subventionnant les secteurs critiques », tels que le nucléaire et l’agriculture, souligne-t-il. « Nous devons insérer dans nos traites la préférence européenne dans les secteurs stratégiques », Cela pourrait notamment passer par des « dérogations à la libre concurrence » qui permettraient d’accorder un traitement de faveur aux marchandises produites dans l’Union européenne.
Pour ce faire, il appelle notamment à réinventer les PIIEC, les projets importants d’intérêt européen commun. Créés en 2020, il s’agit de projets d’investissement qui permettent aux États membres de déroger aux règles entourant les aides d’État dans des domaines tels que l’hydrogène. « C’est trop lent, trop incertain. […] On doit donner de la visibilité à nos industriels, réduire les délais », et adopter des mécanismes aussi simples que les « crédit d’impôt. »
Le président français a cependant soutenu à défendre des accords de libres-échanges controversés tels que celui établi entre la France et le Canada. « Il ne faut pas qu’on tombe vers le rejet de tout accord commercial parce que là, bon courage, bienvenue la démagogie ! Tous ceux qui nous expliquent que le commerce est mauvais iront expliquer à tous nos agriculteurs qu’ils sont gagnants avec le CETA face au Canada », s’est-il exclamé.
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« Technologies vertes »
Le président de la République n’a pas parlé de mesure de limitation du réchauffement climatique. Il a plutôt appelé à s’y adapter grâce à des solutions technologiques. Il invite à œuvrer à la « réindustrialisation verte » de l’Europe pour faire du Vieux Continent un « leader » mondial dans « cinq secteurs stratégiques de demain » comme les biotechnologies et « les nouvelles énergies (hydrogène, réacteurs modulaires et fusion nucléaire) ». Des mesures qualifiées par certains écologistes de technosolutionnistes. C’est-à-dire qu’elle reposerait sur l’idée selon laquelle l’innovation technologique serait capable de résoudre les crises écologiques mais qui occulteraient les causes des problèmes et dépolitiseraient le débat.
Ce n’est pas sans rappelé les critiques qu’avaient émis Emmanuel Macron à l’encontre des écologistes qui avaient déposés un moratoire sur la 5G en 2020, en ironisant sur les « hamish » qui souhaitaient un « retour à la lampe à huile ».
« Cesser d’opposer la décarbonation et la croissance »
Emmanuel Macron a aussi rappelé son attachement à la croissance économique. L’Europe soit « produire plus et vert », a-t-il estimé, avant d’affirmer : « Il faut cesser d’opposer la décarbonation et la croissance ». Il s’agit ici d’une critique indirecte aux partisans de la décroissance. Un courant politique qui remet en cause l’idée selon laquelle l’augmentation des richesses produites, soit du PIB, conduit à l’augmentation du bien-être social. Une paradigme que réprouve Emmanuel Macron : « Le choix de la décroissance n’est pas une réponse au défi climatique », défendait-il en juin 2020.
Il lui préfère le concept de « croissance verte », c’est-à-dire l’idée que les objectifs environnementaux peuvent être alignés sur une croissance économique continue. Cette opinion ne fait cependant pas consensus auprès des chercheurs en politique du climat. « De plus en plus d’ouvrages affirment que ce principe n’est ni viable ni souhaitable », affirme le professeur de l’ESCP Business School, Ivan Savin dans une étude menée auprès de 800 universitaires du monde entier en 2023. Une idée qui peut-être résumée par la célèbre phrase de l’économiste Kenneth Boulding: « Celui qui croit que la croissance peut être infinie dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. »