Procès Papacito : qui sont ces influenceurs radicaux dont la chaîne YouTube a été clôturée ?

Alors que la justice doit rendre son verdict sur l’affaire Papacito ce vendredi 26 avril à Paris, les chaînes YouTube de nombreux influenceurs aux propos extrémistes ont déjà été clôturées. Retour sur les affaires les plus récentes.

Le youtubeur d’extrême droite Papacito jugé pour provocation à la haine. © VA+

« Cette vidéo n’est plus disponible, car le compte YouTube associé a été clôturé. » Une phrase qui résume l’état dans lequel se trouve à présent la chaîne YouTube de plusieurs stars du web. En cause, « des cas graves ou répétés de non-respect du règlement de la communauté ». Leurs propos racistes, sexistes, masculinistes, homophobes — la liste est longue — trouvent audience auprès de milliers de personnes qui suivent avec intérêt les vidéos de ces youtubeurs. Parmi eux, Papacito, Greg Toussaint et Amine Mojito, trois influenceurs qui ont vu récemment leur chaîne fermée par la plateforme.

Papacito, le masculiniste jugé pour « provocation à la haine »

La chaîne YouTube du vidéaste d’extrême droite Papacito a été clôturée le 9 juin 2023, après plusieurs avertissements de la part de la plateforme. L’influenceur aux 260 000 abonnés sur YouTube et Instagram a publié à la fin du mois de mai une vidéo, vue plus de 478 000 fois, dans laquelle il s’en prend à Christian Eurgal, maire d’un village du Tarn-et-Garonne. Papacito attaque verbalement l’élu et prend le parti d’un éleveur de porcs dans une querelle de voisinage. Une violente campagne de haine a déferlé sur le maire de 75 ans directement placé sous protection judiciaire.

« Le harcèlement et la cyberintimidation ne sont pas autorisés sur YouTube et nous avons des règles claires qui interdisent les contenus dans lesquels des insultes ou des menaces sont proférées de manière répétée ou malveillante à l’encontre d’individus », a expliqué YouTube France dans son communiqué publié le 9 juin 2023.

Mais pour le sociologue Samuel Bouron, cette mesure n’est pas efficace. « Papacito n’a pas besoin de YouTube pour circuler dans la fachosphère. Il trouve d’autres moyens pour exister en dehors de sa chaîne : il est invité par d’autres youtubeurs, par des médias, il écrit des livres aussi. » Ce masculiniste pour lequel « la civilisation serait déclinante, car les hommes ne seraient plus vraiment hommes » n’hésite pas non plus à ouvrir de nouvelles chaînes YouTube. La dernière en date comptabilise déjà 30 500 abonnés.

Papacito a comparu devant le Tribunal correctionnel de Paris en décembre pour « provocation à la haine ». Six mois de prison avec sursis et 3 000 euros d’amende ont été requis. Le verdict est rendu ce vendredi 26 avril.

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Greg Toussaint banni pour ses positions homophobes

Connu pour ses positions radicales et extrémistes, l’influenceur Greg Toussaint a lui aussi été réprimandé par YouTube. Sa chaîne, qui regroupait 370 000 abonnés et cumulait 75 millions de vues, a définitivement été fermée le 1er juin 2023. Ses comptes Twitter, Facebook et Instagram ont aussi été supprimés dans la foulée.

En mars 2023, il publie une vidéo intitulée « Les trans*exuels éduquent nos enfants », dans laquelle il dénonce une propagande subie par les écoliers. « L’éducation des enfants a déjà touché le fond, mais tu as la team LGPD qui s’est dit : Tiens, et si on les emmenait avec nous en enfer ? », fustige-t-il dans sa vidéo ouvertement transphobe. Il poursuit : « Pour ma part je n’ai pas peur de comparer la venue de transsexuels et de gays militants dans les écoles à une forme de pédophilie il y a forcément une idée perverse derrière ça. »

Face à ces violentes attaques contre les personnes LGBT+, les associations Mousse et Stop Homophobie ont porté plainte le 11 avril 2023 pour injures et appels à la haine. Dans leur communiqué de presse, les associations de lutte contre les discriminations et la haine anti-LGBT rient jaune : « On se renseigne un peu avant de plaisanter sur un sujet qu’on ne maitrise pas ! »

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Amine Mojito condamné pour provocation à la violence à l’égard des femmes

En 2016, le youtubeur français Amine Mojito, de son vrai nom Illan Magneron, s’est rendu rapidement célèbre sur les réseaux sociaux grâce à ses vidéos virales. Vidéos dans lesquelles il se filmait en train de pratiquer des actes de violences (coups, usage de fouet, etc.) dégradants et humiliants sur de jeunes femmes positionnées le plus souvent à quatre pattes. Seule la partie inférieure de leur corps était visible.

Suivi à cette époque par des dizaines de milliers d’internautes, Amine Mojito a fini par être banni par YouTube. Le Collectif féministe contre le viol (CFCV) a porté plainte contre le youtubeur qui incitait ses spectateurs à suggérer d’autres actes de violences dans le cadre de diffusion en direct. Dans un communiqué publié le 2 décembre 2022, la présidente du CFCV témoigne : « La première fois que j’ai entendu parler des vidéos d’Amine Mojito, c’est par des mineurs condamnés pour violences sexuelles. Ils disaient tous « nous on fait comme Mojito ». »

Six ans après, Amine Mojito a été condamné le 29 novembre 2022 par le tribunal judiciaire de Paris pour « provocation à la discrimination, à la violence et à la haine à l’égard d’un groupe de personne en raison de leur sexe ». Il a dû réaliser à ses frais un stage de sensibilisation sur l’égalité femmes-hommes de cinq jours. Le CFCV indique dans son communiqué que le tribunal a retenu dans son jugement « qu’il ressortait des vidéos « une impression d’humiliation de la femme, réifiée puisque sous la possession et la domination de l’homme qui la frappe, celui-ci riant » ».

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Face à une poignée de comptes YouTube fermés, une multitude d’influenceurs continuent de tenir des propos radicaux sur leur chaîne, à l’instar du Raptor. Ce masculiniste proche de Papacito est actuellement suivi par 705 000 personnes sur YouTube.

Anna Mexis