Dans le sillage des mouvements en soutien à Gaza dans les universités américaines, Sciences Po Paris se mobilise. Les autres universités françaises sont plus frileuses.

« Judéité et soutien à la Palestine : quelles perspectives ? », c’est le sujet de la conférence qui avait lieu hier soir dans un campus de Sciences Po Paris. La tentative d’occupation des locaux rue Saint-Thomas (VIIème arrondissement) est encore dans les esprits. Les vigiles à l’entrée du campus rue des Saints-Pères sont plus précautionneux qu’habituellement. Entre eux, ils se préparent à un éventuel dérapage.
« Nous sommes moins nombreux que prévu, car des camarades continuent l’occupation de la péniche [nom du hall] de Saint-Guillaume. », annonce l’étudiante animatrice de la conférence. Dans l’amphithéâtre, la quarantaine d’auditeurs applaudissent à ses mots. De nombreux étudiants arborent fièrement leur soutien à Gaza : le keffieh palestinien, cette célèbre écharpe à carreaux noir et blanc, autour du cou et le slogan « Free Palestine » décliné en stickers collés sur les ordinateurs ou en pins.
« La répression est inacceptable »
« Le sionisme a kidnappé la diversité juive, les juifs arabes n’ont pas leur place par exemple », regrette Alain Gresh, directeur d’Orient XXI, de confession juive. Les prises de parole s’enchaînent et rappellent à l’assemblée l’histoire d’Israël et ses conséquences sur la population palestinienne. Au moment où la conférence se termine, une nouvelle occupation du campus rue Saint-Thomas commence. « On doit se mobiliser contre le génocide à Gaza et la cause palestinienne est notre cause à tous », commente Clara, une étudiante présente à la conférence. Depuis mercredi, des étudiants du prestigieux IEP intensifient leur mobilisation en soutien aux Palestiniens. Cette nuit, des étudiants ont dormi dans le bâtiment du campus rue Saint-Thomas. Sur les réseaux sociaux de nombreuses vidéos montrent les étudiants barricader l’entrée principale du site.
Les étudiants mobilisés demandent un cessez-le-feu à Gaza. Plusieurs de leurs revendications se dirigent aussi vers Sciences Po : « la condamnation claire des agissements d’Israël par Sciences Po », « la fin des collaborations avec les institutions jugées complices de l’oppression systémique au peuple palestinien » et « l’arrêt de la répression des voix pro-palestiniennes sur le campus ».
« Provoquer des troubles à l’ordre public »
Dans la nuit de mercredi à jeudi, des CRS étaient intervenus sur le même campus pour déloger quelques dizaines d’étudiants. Ils avaient planté des tentes sur la péniche et comptaient y passer la nuit. Même si la moitié des étudiants acceptent de quitter les lieux avant l’arrivée des forces de l’ordre, l’appel aux CRS par l’école a choqué. « La répression de Sciences Po envers nous est inacceptable, mais elle ne nous arrêtera pas », lâche Gabriel, un étudiant mobilisé.
Pourtant, en comparaison avec d’autres universités, Sciences Po semble être tolérant. De nombreuses universités françaises ont interdit des événements pro-palestiniens. Il y a un mois, Pierre Stambul, le porte-parole de l’Union juive française pour la paix, devait présenter une conférence à l’Université de Montpellier. Pour justifier l’interdiction de la conférence, Philippe Augé, le président de l’établissement, a évoqué « des propos qui pourraient y être tenus et provoquer des troubles à l’ordre public ».
L’université Dauphine à Paris, a aussi déprogrammé une conférence de Rima Hassan. La candidate pour les européennes sur la liste LFI et franco-palestinienne devait se rendre tenir une conférence le 6 mai prochain. Quelques jours plus tôt, c’est l’Université de Lille qui annule sa venue avec Jean-Luc Mélenchon. Le leader insoumis et Rima Hassan devaient tenir une conférence sur la Palestine.
De son côté, Sciences Po a accueilli en ses murs Jean-Luc Mélenchon lundi. Sa venue a engendré des affrontements verbaux entre des étudiants de l’UNI – un syndicat étudiant orienté à droite – qui criaient « tout le monde déteste les islamistes » face aux militants pro-palestiniens qui scandaient « à bas, les fascistes ».
L’antisémitisme banni des universités
Avant Sciences Po, les mobilisations d’étudiants favorables au cessez-le-feu à Gaza ont commencé aux États-Unis. Les étudiants de la prestigieuse école parisienne reprennent les modes d’action des étudiants de Columbia (New York). Ils avaient aussi planté des tentes pour occuper leur université la nuit. La direction de Columbia appelait la police et de nombreux étudiants étaient placés en garde à vue la semaine dernière.
Deux présidentes d’université accusée de ne pas faire assez contre l’antisémitisme, dont celle d’Harvard, ont dû démissionner. « J’appelle aujourd’hui la présidente Shafik [de Columbia] à démissionner si elle ne peut pas immédiatement mettre de l’ordre dans ce chaos », a indiqué, le président de la Chambre des représentants des États-Unis, Mike Johnson mercredi lors de sa visite sur un campus de l’université. Le président américain Joe Biden a lui-même insisté pour affirmer que l’antisémitisme n’avait « pas sa place » sur les campus.
Le chef de l’État français s’était exprimé concernant des suspicions d’antisémitisme à Sciences Po. La polémique avait aussi enflé à Sciences Po Paris lorsqu’une étudiante de l’Union des étudiants juifs de France s’était vue refuser l’accès à un amphithéâtre, lors d’une conférence pro-palestienne.
Coralie Salle
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