Discours de la Sorbonne : Emmanuel Macron alerte sur une « Europe qui peut mourir »

Depuis l’université de la Sorbonne, Emmanuel Macron a tenu un discours alarmiste sur l’Europe. Une allocution critiquée par les oppositions pour sa proximité avec les élections européennes.

Emmanuel Macron lors du 42ème congrès de la Mutualité Française à Montpellier le 13 juin 2018. © Flickr

Sept ans après le premier discours de la Sorbonne, Emmanuel Macron a de nouveau donné rendez-vous ce jeudi matin, au sein de l’amphithéâtre de l’université parisienne, pour parler d’Europe. Un discours à moins de deux mois des élections européennes à haut risque pour la majorité présidentielle. Avec cette prise de parole solennelle, le président cherche à mobiliser ses troupes pour conjurer le sort d’une défaite cuisante.

Le chef de l’État a débuté son discours en revenant sur les réalisations des Vingt-Sept ces dernières années : plan de relance européen, achat commun de vaccins, pacte asile et migration, etc. Tant d’accomplissements qui valident sa vision exposée en 2017, celle d’une « Europe souveraine ». « Nous n’avons pas tout réussi, il faut être lucide », a toutefois souligné le président, avant d’alerter : « Notre Europe est mortelle, elle peut mourir. Cela dépend de nos choix et ces choix sont à faire maintenant. » 

« Europe puissance »

Désormais, Emmanuel Macron défend une « Europe puissance », qui « se fait respecter » et « assure sa sécurité ». Guerre en Ukraine oblige, la défense a occupé une part importante du discours présidentiel. « La condition sine qua non de notre sécurité est que la Russie ne gagne pas », a-t-il martelé. En référence à sa proposition d’envoyer des troupes au sol en Ukraine, le président « assume d’avoir réintroduit une ambiguïté stratégique ».

Face au risque d’un désengagement des États-Unis si Donald Trump revient au pouvoir, le chef de l’État a plaidé en faveur d’une « initiative européenne de défense ». La préférence européenne dans l’achat de matériel militaire doit être privilégiée, afin de bâtir un « nouveau paradigme en termes de défense »

Emmanuel Macron s’est exprimé devant son gouvernement. Mais tous les eurodéputés français, y compris ceux du parti présidentiel, ont boudé l’allocution présidentielle. En cause : le timing du discours, coïncidant avec la dernière séance plénière du Parlement européen. « Soit il n’en a rien à faire de l’UE, soit il a honte de son bilan ! », a attaqué la tête de liste insoumise Manon Aubry, lors d’un meeting à Strasbourg hier soir.

Riposte de Jordan Bardella

Un timing également critiqué pour sa proximité avec le scrutin européen, le 9 juin. L’opposition accuse Emmanuel Macron d’utiliser son rôle de président pour donner de l’élan à la candidate de la majorité. « C’est un meeting pour Valérie Hayer, estime le candidat communiste Léon Deffontaines, ce matin sur France Info. Cela devrait être décompté dans le temps de parole. »

L’Élysée jure qu’il ne s’agit pas d’un meeting. Ce discours apparaît pourtant comme une tentative de réveiller les électeurs de la majorité, attachés à la construction européenne mais enclins à s’abstenir. Largement distancée par Jordan Bardella dans les sondages, Valérie Hayer espère bénéficier de ce nouveau lancement officieux de sa campagne.

Dans son discours, le président n’a pas manqué de faire allusion à son adversaire du RN. « Je constante que plus personne n’ose proposer des sorties, ni de l’Europe, ni de l’euro », a-t-il relevé, en référence aux renoncements du parti frontiste. Le président du RN a déjà prévu de riposter. Il tiendra une conférence de presse cette après-midi au siège du parti, pour présenter son projet pour les élections européennes.

Hicham-Mehdi Zemrani