« Partage ton date », introduit le 22 avril 2024, par l’application de rencontre Tinder, offre la possibilité d’envoyer toutes les informations concernant son rendez-vous galant à ses proches. Cette dernière fonctionnalité a pour objectif de renforcer la sécurité des utilisateurs.

Chez Tinder, on ne badine pas avec l’amour, ni avec la sécurité. L’application la plus utilisée au monde avec 64 millions de téléchargements, a récemment introduit une nouvelle fonctionnalité sur sa plateforme pour garantir la sécurité de ses utilisateurs. Baptisée « Partage ton date », cette option permet aux utilisateurs de communiquer tous les détails de leur rencontre à leurs proches. L’application qui compte 1,7 millions de Français, n’est pas perçue comme un lieu sûr pour une grand nombre de ses utilisateurs, méfiants à la suite de nombreux témoignages relatant de cyberharcèlement, d’agressions sexuelles et même parfois de viol. Selon une étude réalisée par le site de rencontre Happn, qui compte 100 millions d’utilisateurs, seulement 2 femmes sur 10 déclarent se sentir en confiance sur une plateforme de rencontre.
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Partager les informations de son date à ses proches
Partant du constat selon lequel « Plus de la moitié des célibataires (51 %) de moins de 30 ans informent déjà leurs amis des détails de leurs rendez-vous », d’après un sondage de Tinder, la plateforme a souhaité rendre cette pratique accessible en quelques clics. Les utilisateurs pourront désormais remplir un formulaire directement sur l’application, incluant le profil de la personne avec une photo, la date, l’heure et l’adresse précise de la rencontre, ainsi qu’une note pour apporter plus de précision. Ce formulaire pourra être partagé sous forme de lien avec un proche, même s’il n’est pas utilisateur de l’application. « Ce nouvel outil apporte une certaine tranquillité d’esprit, et me permettrait de me concentrer davantage sur la personne en face de moi, plutôt que sur la possibilité qu’il m’arrive quelque chose. Tout en restant naturellement sur mes gardes, bien sûr », explique Clotilde, une jeune femme de 22 ans, utilisatrice de Tinder depuis 2 mois.

15 fonctionnalités pour la sécurité des utilisateurs
Tinder a développé depuis trois ans, quinze fonctionnalités en matière de sécurité car « la sécurité est au cœur de [son] ADN », selon son site. Parmi ces fonctionnalités, on trouve le « Unmatch » permettant de bloquer un compte à tout moment. La fonction « vidéo Chat« , introduite en octobre 2023, qui autorise les utilisateurs à passer des appels vidéo pour vérifier l’authenticité de la personne. Il est également possible de configurer l’application afin de ne jamais croiser un collègue ou un ex, grâce à la fonctionnalité « Bloquer contact« . Cependant, la vérification d’identité à l’aide d’une photo de carte d’identité n’est pas encore disponible. Selon Tinder, « Elle sera déployée sur la base du volontariat dans un premier temps, sauf là où la loi l’exige déjà ». Cette fonctionnalité est loin d’être anodine, comme l’explique Astrid, 24 ans, qui a décidé de se désabonner de Tinder, il y a un an, en raison de ses peurs concernant sa sécurité : « Pouvoir être certaine que la personne en face est bien celle qu’elle prétend être serait beaucoup plus rassurant, cela limiterait les catfishs [une personne qui se fait passer pour quelqu’un d’autre en utilisant de fausses photos de profil et de faux noms] qui représentent un pourcentage assez scandaleux ». Toutefois, elle exprime des préoccupations quant à la protection des données : «Il faudrait aussi que Tinder ne divulgue pas les informations et protège nos données, sur ce point aussi je reste méfiante », conclut-elle.

L’affaire sur « le violeur de Tinder » interroge sur la responsabilité de l’application
Ces dernières années, les réseaux sociaux ont été inondés de témoignages alarmants sur les rendez-vous Tinder qui tournent mal, avec des mentions fréquentes de « Guet-apens Tinder » dans les médias. L’affaire du « violeur de Tinder« , Salim Berrada, a particulièrement ébranlé les utilisateurs. Condamné à 18 ans de prison pour douze viols et trois agressions sexuelles entre 2014 et 2016, ce photographe de 38 ans attirait ses rencontres Tinder chez lui sous prétexte de séances photos, avant de les droguer et de les violer.
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Une des victimes, Rania, a porté plainte contre Tinder pour mise en danger d’autrui. Malgré les multiples plaintes des utilisatrices, Salim Berrada a créé de nombreux comptes sous un faux nom. Une utilisatrice de Tinder a même alerté ses abonnés sur Twitter : « Faites très attention à vous, le violeur de Tinder est de retour sur les réseaux sociaux », avait-elle écrit. Tinder a affirmé travailler pour améliorer son système afin d’empêcher les individus aux comportements inappropriés d’accéder à leur plateforme, utilisant « une combinaison d’outils automatisés et de modération humaine ». Ces outils incluent la vérification de photo et de selfie-vidéo, mais l’identité de l’utilisateur ne peut pas encore être vérifiée. Selon l’avocat de la victime, Me Philippe-Henry Honegger, Tinder « dispose des moyens de repérer ces photos avec des algorithmes existants, mais ne les utilise pas dans ce contexte. »
Sur Bumble se sont les femmes qui envoient le premier message
Le nombre d’utilisateurs des applications de rencontres diminue, notamment en raison des préoccupations croissantes concernant la sécurité. Une étude de Monpetitdate indique que « dix des plus grands sites de rencontre en France ont enregistré une baisse moyenne de 36 % de leur fréquentation en 2021 ». Pour Tinder, les téléchargements ont chuté de plus d’un tiers depuis 2014. Face à ce constat, de nouvelles applications font leur apparition sur le marché, mettant un accent particulier sur la sécurité. Bumble, une application de rencontre où seules les femmes peuvent envoyer le premier message, a introduit une Intelligence Artificielle nommée « Deception Detector », destinée à repérer les faux comptes. Selon Bumble, cet outil aurait automatiquement détecté et supprimé 95% des comptes identifiés comme faux. « Aujourd’hui, je suis sur Bumble, je me sens plus en sécurité grâce à leur reconnaissance faciale, et aussi parce que je ne risque pas de recevoir de messages de mecs bizarres ou de photos inappropriées, car c’est moi qui décide à qui je parle», explique Clotilde qui s’est récemment inscrite sur Bumble. Une autre application, Happn, a mis en place une « certification de profil » basée sur le consentement, qui compare les données biométriques de l’utilisateur à partir d’une vidéo de son visage, afin de vérifier son identité.
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Lola Michelin