Élections européennes : Bardella contre les prix européens de l’électricité

Quelques heures après le discours d’Emmanuel Macron à La Sorbonne jeudi, Jordan Bardella, candidat RN aux élections européennes, a rapidement réagi en tenant sa propre conférence de presse pour présenter son « projet » européen. Parmi ses priorités figure la volonté de mettre fin aux règles européennes sur la fixation des prix de l’électricité.

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Pendant sa conférence de presse du 25 avril, Jordan Bardella promet « une Europe qui protège, qui produit, qui respecte ». ©Raphaël Attal

« L’Europe dysfonctionne en matière d’énergie », tonne Jordan Bardella, le président Rassemblement national (RN) lors de sa conférence de presse du jeudi 25 avril. Pendant cette prise de parole, plus proche d’un discours que d’un échange avec les journalistes, le candidat RN aux élections européennes du 9 juin a dénoncé la « naïveté de la France » dans la défense de ses intérêts énergétiques dans l’Union européenne.

Quelques heures avant, Emmanuel Macron mettait en garde sur la « mort de l’Europe » pendant son discours à La Sorbonne, et il insiste : « cela dépend de nos choix ». Sous-entendu : les résultats des élections européennes. Si au RN au RN, le discours d’Emmanuel Macron a le parfum d’un lancement de la campagne de Renaissance pour les européennes, de son côté, Jordan Bardella fonce pour « rétablir » la souveraineté de la France face à suprématie européenne. Le RN veut notamment supprimer l’ARENH, ce dispositif de régulation des prix de l’électricité qui permet aux fournisseurs alternatifs de concurrencer EDF et protéger les consommateurs de la hausse du prix de l’énergie.

Il l’accuse l’ARENH de faire exploser les factures énergétiques des ménages et des collectivités. « On a un prix français de l’électricité qui est parmi le moins cher d’Europe sauf que l’UE l’indexe sur les prix européens du gaz qui eux, ne cessent d’évoluer », défend Alexandre Loubet le directeur de campagne du RN pour les européennes, lors d’une interview en décembre 2023. « Ce qui implique que les consommateurs payent une électricité plus chère que ce qu’elle coûte à produire en France », ajoute-t-il. 

En mars 2023, Jordan Bardella avait déjà réclamé la réforme du marché européen de l’électricité. Interpellant la Commission européenne, elle a répondu qu’elle prévoyait « une panoplie d’actions »  pour protéger les consommateurs et l’industrie contre la volatilité des prix. Elle promettait aussi la mise en place d’un régime temporaire d’aides d’État pour atténuer les effets des prix élevés de l’énergie.

Mais le mécanisme de l’ARENH est prévu jusqu’au 31 décembre 2025. Au-delà de cette date, l’État devrait fixer, avec EDF, un prix qui viendra encadrer les tarifs de l’électricité français. Jordan Bardella met en avant cet objectif de campagne qui doit, dans tous les cas, prendre fin dans un an.

Renouer avec l’ancien modèle français

Il y tient. Jordan Bardella entend « défendre l’Europe du nucléaire ». Pour le président du Rassemblement National, la principale raison de « l’échec » de la politique énergétique de la France est l’abandon du nucléaire sous les présidences de François Hollande puis d’Emmanuel Macron avec la fermeture de la centrale de Fessenheim en 2020. 

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Dans une tribune parue dans Le Figaro en février 2024, Jordan Bardella regrette l’abandon du modèle énergétique français d’avant. Avec une énergie abondante et peu coûteuse, cela faisait de la France un leader européen des tarifs de l’électricité et une faible dépendance aux énergies fossiles. Il pointe également du doigt cette écologie « punitive », qu’il mentionne dans son discours de jeudi, l’accusant de surtaxer le nucléaire et fragiliser la concurrence du système électrique français.

Cependant, le candidat RN n’exclut pas que la France continue « à échanger de l’électricité avec nos partenaires européens mais nous bénéficierons pour nos ménages et entreprises d’un prix français pour l’électricité »

Sur le plan des éoliennes, que Marine Le Pen comparait aux migrants en 2019 « tout le monde est d’accord pour qu’il y en ait, mais personne ne veut que ce soit а côté de chez lui », Jordan Bardella n’en souhaite pas non plus. Arguant qu’elles sont peu efficaces, plus coûteuses et reposent sur des technologies étrangères. 

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Si l’extrême droite est en passe d’exploser les compteurs au Parlement européen après les élections de juin, elle serait toutefois minoritaire dans l’hémicycle. Un jeu d’alliance avec le parti PPE (à droite) sera indispensable si le candidat du RN veut pouvoir mettre toutes ses autres directives de campagnes. « La balle est dans le camp du PPE. Ça va dépendre des décisions de la droite à former, ou non, une alliance avec l’extrême droite », analyse Nathalie Brack, politologue et professeure à l’Université libre de Bruxelles. Certaines lois européennes pourraient alors passer à la trappe à l’image du Pacte Vert.

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