Le YouTubeur Papacito pourrait être condamné pour des vidéos publiées sur la plateforme. Si le verdict est attendu ce vendredi 26 avril, il n’atteindra pas la côte de popularité du militant d’extrême droite.

Papacito sera fixé sur son sort ce vendredi 26 avril. Très populaire sur les réseaux sociaux, Ugo Gil Jimenez, de son vrai nom, risque six mois de prison avec sursis et 3 000 euros d’amende. Il comparaît pour des faits d’injures homophobes publiques, d’appel à la violence contre l’édile et de provocation à la haine.
Dans une vidéo publiée sur sa chaîne YouTube, il s’en est violemment pris au maire de la commune de Motjoi (Tarn-et-Garonne) après un conflit qui l’opposait à un éleveur du village. Il l’a d’abord insulté de « fouine corrompue », avant de publier une deuxième vidéo tournée dans le bureau du maire, dans laquelle il a mis en scène le lynchage d’un homme déguisé en fouine. Si la chaîne YouTube de Papacito a depuis été supprimée, l’influenceur d’extrême droite n’a pas perdu de son influence.
Un modèle économique stable
Souvent assimilé au YouTubeur masculiniste Le Raptor, Papacito opte pourtant pour un modèle différent de son ami, raconte Samuel Bouron, maître de conférences en sociologie à l’université de Paris-Dauphine. « Le Raptor se rémunère en cherchant une grosse audience, notamment avec des vidéos de musculation. Il a appris à manier les codes tout en restant à la limite de ce qu’il ne faut pas franchir. Papacito, lui, il s’en fout de sa chaîne YouTube : si elle saute il en recrée une. Et même sans sa chaîne, il perdure ».
Au-delà de sa propre chaîne, Papacito est désormais grandement représenté dans les médias. D’abord, il apparaît dans d’autres vidéos sur YouTube, où des créateurs de contenu orientés l’invitent, mais aussi dans des médias d’extrême droite comme Livre Noir ou Valeurs Actuelles. « Sa notoriété n’est plus à faire dans la fachosphère, c’est d’ailleurs comme ça qu’il survit », relate Samuel Bouron.
S’il n’a pas besoin de YouTube, c’est parce que ses livres ou son magazine La Furia se vendent très bien dans sa communauté. Dedans, il y expose des idées relatives à la virilité notamment. « Selon lui, la civilisation serait déclinante. Les femmes ne seraient plus vraiment femmes et les hommes plus vraiment hommes. Il s’indigne d’une disparition de la virilité », poursuit Samuel Bouron.
Virilité et violence
Il prône alors sa propre virilité, et c’est à partir de cela qu’il transmet ses idées politiques. Il tient des propos ouvertement homophobes, pour lesquels il comparaît en ce moment, mais il véhicule aussi d’autres idées violentes. Dans une vidéo publiée en 2021, il simulait l’exécution d’un militant de La France Insoumise,pour laquelle le président du parti Jean-Luc Mélenchon a porté plainte. « Il allie politique et divertissement, il présente l’extrême droite comme cool, fun et contre-culturelle, aux antipodes de l’extrême droite du début des années 2000, que beaucoup considéraient comme l’arrière-garde », précise Samuel Bouron.
En maniant à la perfection les réseaux sociaux, il se distancie volontairement du champ politique classique, dans lequel il serait directement catégorisé. Ainsi, il peut toucher un public jeune, des collégiens notamment, qui n’ont pas conscience que les idées qu’il véhicule sont classées à l’extrême droite.
Papacito se veut royaliste, mais il admire également des grands dictateurs comme Franco ou Saddam Hussein. Dans le flou de ses idées, il s’est toujours vanté d’être issu du peuple, en exprimant sa haine des élites. Il le justifie par ses expériences professionnelles du passé, quand il travaillait dans le bâtiment ou dans le déménagement.
Dans une interview donnée à Paul Conge, journaliste Marianne et auteur de Les Grands-Replacés, il raconte la fois où un client lui a refusé l’accès à ses toilettes, alors qu’il déménageait ses meubles : « J’ai senti un mépris de classe énorme ! Ce mec déteste l’ouvrier blanc qui lui demande d’aller aux toilettes ». On retrouve ce populisme chez de nombreuses personnalités d’extrême droite, notamment Pascal Praud, dans son émission L’Heure des Pros sur CNews.
« Un bon humoriste dans son genre »
Mais parmi les créateurs de contenu d’extrême droite, Papacito se différencie pour plusieurs raisons. D’abord, il aime « agir pour de vrai », selon ses propres mots. Il a par exemple demandé l’organisation d’un combat contre un militant d’extrême gauche, qui a empêché une personne âgée de tracter pour Reconquête.
« Ce qui caractérise Papacito, c’est son talent oratoire, sa capacité à performer et l’outrance. Il a aussi beaucoup d’humour et de punchlines, qui sont souvent soulignées par ses abonnés. Même s’il est dur de mesurer ce qui fait sa popularité, on peut dire que c’est un bon humoriste dans son genre », conclut Samuel Bouron.
Si le procès pourrait lui coûter 3000 euros d’amende, Papacito va gagner en visibilité, et c’est justement ce qui le rémunère. Après cette échéance, il pourra poursuivre son activité, en écoulant toujours plus de livres et de magazines.
Tom Chabeau