Jugé pour injures et provocation à la haine contre le maire de Montjoi dans le Tarn-et-Garonne, le créateur de contenu Papacito sera fixé sur son sort ce vendredi 26 avril. L’occasion de revenir sur les débuts de l’extrême droite sur le réseau social et les raisons de cette ascension fulgurante.

Papacito, Le Raptor, Stéphane Édouard, Thaïs d’Escufon. Ces youtubeurs à succès ont vu leur nombre d’abonnés tripler ces dernières années. Leur stratégie ? Recourir à l’outrance, à l’humour et à l’agressivité pour diffuser une idéologie d’extrême droite. Une outrance qui a mené Papacito devant la 17e chambre du Tribunal correctionnel de Paris le 28 février dernier, pour injures et provocation à la haine et au crime envers le maire de Montjoi, dans le Tarn-et-Garonne. Le jugement est attendu ce vendredi 26 avril.
Pour connaître le début de ce succès grandissant, il faut remonter en 1996. Année où a été publié le livre Sociologie du dragueur de l’essayiste franco-suisse Alain Soral. « Il a été le premier partisan d’extrême droite à faire des bouquins pour décrire la société et à être invité dans des talk-show comme Ciel, mon mardi. Il a été le premier à voir qu’on pouvait parler de politique de façon plus implicite et développer des modèles normatifs sur les relations homme-femme sans être dans un champ politique qui le désigne immédiatement comme étant d’extrême droite », analyse Samuel Bouron, sociologue spécialiste de ces idéologies. Des propos masculinistes repris dix ans plus tard par Eric Zemmour dans son livre Le Premier Sexe. Une médiatisation amorcée bien avant l’émergence des réseaux sociaux.
Des propos polémiques
Dès les années 2000, l’extrême droite mise sur la confusion. Les partis intègrent des idées venant de bords politiques aux antipodes du leur, y compris venant de gauche. Exemple avec CasaPound en Italie créé en 2003 et les Identitaires du côté de l’Hexagone en 2002. « Ils n’arrivent pas en mobilisant des auteurs de leur idéologie comme le faisait le vieille extrême droite avec des journaux comme Minute. Au contraire, ils se servent d’idées drastiquement opposées et les traduisent dans le logiciel de pensées de l’extrême droite », continue le sociologue.
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Une stratégie basée sur l’ambiguïté qui a inspiré les youtubeurs d’aujourd’hui. Le Raptor sera l’un des premiers à acquérir de la notoriété sur le réseau social. Il se fera connaître en 2015 pour ses vidéos dans lesquelles il reprend des extraits de reportages ou d’interviews en les tournant à la dérision, voire à la ridiculisation. Son sujet de prédilection ? Les relations homme-femme sur lesquelles il apporte un éclairage antiféministe et viriliste.
Papacito, de son vrai nom Ugo Gil Jimenez, se lancera trois ans plus tard, en 2018. Samuel Bouron explique : « La façon de le définir est déjà un enjeu de lutte. Je le qualifierais comme étant youtubeur masculiniste, d’autres diraient d’extrême droite. Lui-même ne prétend pas clairement être partisan d’extrême droite. Dans tous les cas, il est plutôt royaliste. »
Comme Le Raptor, Papacito utilise YouTube pour diffuser ses idées auprès du grand public et interpréter l’actualité, en utilisant la violence et une sémantique viriliste. « Tarlouze » ou « Homme-soja » sont omniprésents dans ces vidéos. « Il oppose le camp des hommes forts qui seraient du côté de la France éternelle, et les faibles qui n’auraient pas la culture nécessaire pour s’intégrer. C’est comme cela qu’il fait le pont entre un registre masculiniste et raciste », raconte le sociologue des médias. Des vidéos aux propos antiféministes, s’inscrivant rapidement en faveur de l’extrême droite.
La clé de leur succès
Le tout, avec une touche d’humour qui caractérise son personnage. « Il présente l’extrême droite comme une idéologie super cool, fun et contre-culturelle en mêlant politique et divertissement. Il n’hésite pas à aller dans l’outrance dans la désignation des adversaires. Pour être grossier, c’est un bon humoriste », affirme Samuel Bouron, en faisant référence à un combat de boxe que le Youtubeur avait organisé contre l’un de ses opposants.
Un talent oratoire et une capacité de performer que semblent apprécier les habitués de ces créateurs de contenus. Le Raptor comptabilisait près de 300 000 abonnés en 2016, contre plus de 700 000 à l’heure actuelle. Un succès fulgurant. « Il n’y a pas besoin d’avoir un bagage idéologique pour comprendre ce qu’ils disent. Des collégiens se marrent en regardant leurs vidéos sans s’apercevoir de la dimension politique de leur discours », note le sociologue.
Si Youtube censure aujourd’hui les propos extrêmes, la plateforme pourrait tout de même voir émerger de nouveaux créateurs de contenus polémiques. « C’est une immense galaxie qui change chaque mois. Un Youtubeur dont la chaine a été fermée peut en rouvrir une le lendemain », conclut Samuel Bouron. Papacito lui-même, pourrait donc un jour faire son grand retour.
Aurore Maubian