L’ascension des influenceurs misogynes comme Ugo Gil Jimenez, mieux connu sous le nom de Papacito, est à son apogée. La figure de la fachosphère attend aujourd’hui vendredi 26 avril la décision du Tribunal correctionnel de Paris. Il appartient à un mouvement plus large de figures controversées, alias « influenceurs masculinistes », retour sur ce phénomène...

Il est catholique, viriliste assumé, royaliste revendiqué, Ugo Jimenez, alias Papacito, affiche des centaines de milliers d’abonnés au compteur sur les réseaux sociaux. Ce pur produit de la radicalité de l’époque, passera au tribunal pour injures et provocation à la haine et au crime ce vendredi 26 avril, après-midi. Le parquet de Paris avait déjà eu une peine de 6 mois de prison avec sursis et une amende de 3 000 euros, il y a deux mois. Il avait été accusée pour injures, provocation à la haine et au crime envers le maire de Montjoi.
L’apologie de la misogynie
Au-delà de ses positions politiques souvent proclamées d’extrême-droite, le sociologue Samuel Bouron parle d’une ambiguïté politique qui le caractérise avant-tout comme un « influenceur masculiniste ». Dans une interview accordée à The Rob, Papacito déclare sans ambages : « Le féminisme c’est une maladie mentale. » Ses propos provocateurs ne s’arrêtent pas là : « La femme elle aime la testo, qu’elle l’assume ou pas. » Cette rhétorique atteint son paroxysme lorsqu’il compare le combat des féministes à celui des femmes dans les pays musulmans, affirmant que ces dernières devraient être reconnaissantes pour les libertés dont elles jouissent en Occident.
Dans l’un de ses ouvrages, Papacito renforce ses convictions en louant les qualités traditionnelles de la femme noire, tout en faisant la promotion d’une vision rétrograde de la masculinité. « En plus d’avoir une peau magnifique et des culs rebondis (…) elles sont croyantes, belles, bonnes, elles respectent leurs parents, elles savent faire à bouffer avec la même science que nos grands-mères, elles respectent la masculinité. (…) Elles font tout pour exacerber notre dimension d’homme accompli ».
La controverse ne se limite pas à ses déclarations publiques. Sur son ancien blog, les femmes sont objectifées sexuellement. L’influenceur fait même l’apologie du viol : « Il faut oublier ces putes instruites de la fac, elles ont trop un gros niveau intellectuel pour que vous puissiez faire d’elles des salopes d’élevage dont vous rêvez depuis toujours. Dès le premier soir repérez en premier lieux des filles tristes, pas bien dans leur peaux les délaissées (…) tapez dans la « Causette ». Il faut viser de la faible, ne draguez plus les connasses aux plumeaux du centre-ville, violez-les un soir de cuite à la limite, pour la rigolade. »
Les raisons du succès des influenceurs masculinistes
Cette tendance est également retrouvée aux États-Unis avec l’influenceur Andrew Tate. L’autoproclamé « misogyne » a connu la célébrité après avoir été retiré de la version britannique de l’émission de téléréalité Big Brother en 2016. Sur TikTok, les vidéos portant le hashtag #AndrewTate ont été visionnées plus de 12,7 milliards de fois. Il est banni de Twitter pour avoir déclaré que les femmes devaient « assumer la responsabilité » des agressions sexuelles qu’elles subissaient. Il a depuis été réintégré. L’influenceur est apparu dans d’innombrables vidéos, affichant un style de vie ultra-luxueux fait de voitures de sport, de jets privés et de yachts.
Pour le sociologue Samuel Bouron, l’émergence de cette vague de créateurs de contenus attire surtout un public jeune. Ce qui les séduit : « C’est qu’ils font rire, mais c’est par le ton de l’humour qu’ils font passer leurs idéologies. Ils sont admirés pour leur talent oratoire et leur capacité à performer ».
L’essor de figures telles qu’Alex Hitchens et Jean Marie Corda illustre cette dynamique qui rencontre un écho chez une partie de la jeunesse. « Je le dis souvent, une femme, après 22h, qu’est-ce qu’elle fout dehors ? », lance Alex Hitchens dans une vidéo postée sur TikTok en février dernier, cumulant plus de 700 000 vues. Celui qui se présente comme coach en séduction et en finances poursuit sa pensée : « À partir du moment où tu as la force d’un gamin de 11 ans, que fais-tu dehors après 22 h seule ? Les femmes rêvent d’un monde qui n’a jamais existé et qui n’existera jamais […] Alors fermez-la, arrêtez de vous victimiser, et commencez déjà par vous protéger ». Jean-Marie Corda, lui, proclame : « Tu veux aller ou avec une nana qui travaille. Elle va pas t’épauler, elle te servira à rien, elle aura dépensé toute son énergie au travail ».
Le sociologue Frank Furedi explique le phénomène par un manque d’attention : « Je pense que ces plateformes de médias sociaux offrent des espaces où les gens peuvent attirer l’attention, et ils pensent qu’ils sont remarqués ou valorisés en faisant des déclarations obscènes ou choquantes », a-t-il dit. La misogynie ne s’arrête pas aux hommes.
Thais Escufon, ancienne porte-parole des identitaires, elle a pivoté vers l’extrême droite, adoptant le rôle de « tradwife » pour attirer les masculinistes. Sa vidéo virale « Pourquoi je ne suis pas féministe » sur YouTube illustre sa promotion des valeurs traditionnelles et son rejet du féminisme.