Pour éviter la déroute, les écologistes misent tout sur la question sociale

En perte de vitesse dans les sondages, les Verts espèrent qu’une plus grande attention portée aux sujets sociaux pourra changer la tendance aux élections européennes.

Marie Toussaint, tête de liste EELV, veut donner un nouveau souffle au parti. Crédit : Sameer Al-Doumy

L’Europe sera sociale ou ne sera pas. Depuis le début de la campagne pour les élections européennes du 9 juin prochain, la tête de file des écologistes Marie Toussaint martèle cette ambition. Les 400 personnes réunies pour le meeting de la candidate organisé à Strasbourg ce jeudi 25 avril n’ont d’ailleurs pas pu y échapper : “Oui monsieur Macron, l’Europe peut mourir, si on continue la politique que vous appelez de vos voeux. Un mix de libéralisme naïf, d’inconséquence écologique et de démolition des protections sociales”, a fustigé la cheffe des Verts en réponse au discours d’Emmanuel Macron prononcé à la Sorbonne quelques heures plus tôt. 

Car dans cette nouvelle course aux élections européennes, la campagne des écologistes s’annonce pour le moment laborieuse. À moins de deux mois du vote, les sondages ne sont pas en faveur de la liste écologiste. Le dernier baromètre Eurotrack OpinionWay – Vae Solis pour Les Echos et Radio Classique publié le 23 avril crédite Europe Ecologie Les Verts à 7%. Une chute vertigineuse après la vague verte qui avait déferlé sur la France et l’Europe en 2019. Le parti écolo, qui avait alors obtenu 13,47% des voix, avait profité du mouvement de la jeunesse pour le climat initié par la jeune militante Greta Thunberg. “L’écologie est devenue une priorité pour les Français la même année que les élections européennes. C’est un contexte qui a forcément favorisé le bon score des Verts à ce moment-là”, rappelle Mathieu Gallard, directeur des études chez Ipsos. 

Changement de paradigme

Depuis, la France, à l’image du continent européen, a été frappée par l’épidémie de Covid-19, la crise en Ukraine et une poussée inflationniste. Un contexte Ô combien différent qui a fortement impacté la mobilisation écologique en Europe. “Dès que vous avez une rhétorique où vous mettez en balance soit l’environnement soit l’aspect social, c’est plutôt l’aspect social qui l’emporte car les gens sont inquiets pour leur propre situation”, décrit Mathieu Gallard.  

Mais l’effondrement de l’élan vert s’est aussi matérialisé par un changement d’image. En ces temps de crise, les politiques écologistes sont jugées trop punitives, en particulier à l’égard des individus avec peu de pouvoir d’achat. Une brèche dans laquelle s’engouffrent les partis de droite et d’extrême-droite en jouant sur un discours anti-environnement. “L’écologie est devenue un sujet clivant. De nombreux partis à droite arrivent à mobiliser leurs électeurs contre les mesures écologistes. C’est donc une campagne qui s’annonce un peu compliquée pour ne miser que sur des mesures environnementales« , raconte Mathieu Gallard.

Lutter contre la “pauvrophobie d’Etat” 

Face aux critiques répétées, les Verts veulent donc opérer un virage à 90 degrés. Le scrutin de 2019 avait révélé l’assise des écologistes dans les grandes métropoles et chez les catégories sociales plus élevées. Ils veulent dorénavant séduire les classes populaires, annonçant une campagne axée sur la lutte contre la “pauvrophobie d’Etat”, comme martelé par Marie Toussaint sur X. Dans une interview accordée au média Reporterre le 24 avril dernier, Marie Toussaint insuffle dans sa campagne cette volonté de porter l’écologie populaire en étendard : “Ma proposition principale, même si ce n’est évidemment pas la seule, est de mettre en place un droit de veto social en Europe. Il ne faut plus qu’aucune des politiques européennes ne contribue à l’aggravation des inégalités et des conditions d’existence des 10 % les plus pauvres”, avait-elle alors déclaré.

Concrètement, ce droit de veto social forcerait les institutions européennes à étudier l’impact de chaque projet sur la frange de la population la plus pauvre. Si les retombées d’un projet ont des effets néfastes, le projet en question pourrait être bloqué. 

La nouvelle stratégie des écologistes pour conquérir un électorat préoccupé par les questions sociales passe également par un choix de candidats variés. Flora Ghebali, qui a rejoint la liste écologiste fin mars, fait d’ailleurs état, dans une interview pour Libération ce 24 avril, d’un “rassemblement des cinquante nuances de l’écologie”.“Par son profil, son histoire, chacun est capable de s’adresser à un segment de la population différent dans un même but : convaincre que l’écologie est la première des priorités pour les cinq années à venir”, assurait-elle. 

Profils de candidats divers

Notamment, le parti EELV mise sur des personnalités issues des classes populaires ou de la société civile. C’est par exemple le cas d’Amine Kessaci, sacré comme “Jeune le plus engagé de France” par l’ONG Positive Planet. A seulement 20 ans, cet étudiant en droit et président de l’association Conscience, est en dixième place sur la liste écologiste. Une présence en position éligible pour ce jeune issu des quartiers nord de Marseille et qui veut porter la voix des classes populaires. “La République s’est peut-être construite sans nous et sans les quartiers populaires, mais il est hors de question que l’Europe se construise sans nous”, avait-il annoncé lors d’un meeting à Aubagne (Bouches-du-Rhône) le 16 mars dernier. 

Autre profil pour une campagne axée sur le thème de la justice sociale, la militante Priscilla Ludosky se voit proposer par Marie Toussaint la neuvième place sur la liste des Verts français. Considérée comme l’une des fondatrices du mouvement des Gilets jaunes, elle incarne, elle aussi, le vote populaire. Ses sujets de prédilection : lutte contre la vie chère, maintien de l’ordre et Outre-mer. De quoi toucher un électorat intéressé de prendre part à l’action climatique mais qui voit ses priorités déportées sur d’autres sujets. 

Ce changement de ligne peut-il néanmoins s’avérer efficace à l‘approche des élections ? Pas si sûr selon le directeur des études chez Ipsos, Mathieu Galard. “Les écologistes ne sont d’habitude pas solides sur les questions sociales, de pouvoir d’achat ou sur l’économie. Il faudra du temps pour que les électeurs intègrent ce changement”, affirme-t-il. Un pari qui ne semble donc pas pouvoir sauver les écologistes d’un naufrage. 

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Marine Evain